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TOUT PASSE........... Pierre Losio

Devoir électoral

J'avais signalé la parution à venir d'un courrier de lecteurs dans un quotidien du matin. Il n'est pas paru à ce jour. En accord avec son auteur, je vous le propose aujourd'hui.

En démocratie, selon l’étymologie, c’est le peuple qui dirige. Mais le peuple est, comme tout souverain, un peu paresseux. Il élit donc des représentants pour « faire le boulot » à sa place. Ces derniers - les politiques - étant censés appliquer et mettre en œuvre les désirs du premier. Les élections en démocratie sont donc l’acte civique le plus important puisqu’il organise le transfert provisoire du pouvoir du peuple vers ses élus, sur la base d’un contrat temporaire, la législature.

Or, depuis plusieurs décennies, le peuple boude les élections. Qu’il soit anticipé, facilité, ouvert aux étrangers ou même électronique, le vote n’est plus en vogue parmi la population. Ce constat est alarmant. En effet si la légalité stricto sensu des mandats électifs ne peut être remise en cause, leur légitimité – au sens plus philosophique que juridique – n’est plus du tout évidente. Ainsi, le plus important parti de la ville de Genève, le parti socialiste, avec moins de 20% des voix, ne représente que 6,2% des inscrits. Quant au parti radical, le plus faible avec ses 10% de suffrages exprimés, il ne représente que 3,1% de l’ensemble des électeurs.

Derrière ces chiffres, se cache une double question. Comment en effet le « contrat social » passé entre les deux partenaires que sont le peuple et ses élus peut-il fonctionner si l’un des deux se met régulièrement aux abonnés absents ? Et comment le peuple peut-il se retrouver dans le travail de ses représentants si ces derniers n’ont pas l’assise populaire suffisante pour justifier leur action ?

Cette situation est dangereuse. Non seulement elle ouvre la voie au mécontentement de l’opinion, mais encore, elle pousse de facto à la surenchère populiste dont certains partis font aujourd’hui leurs choux gras. Il est aujourd’hui « de bon ton » de rappeler à tout bout de champ que nous sommes dans un état de droit. Certes, mais les deux tiers des citoyens ont tendance à oublier qu’ils ont également des devoirs. Et que le premier d’entre eux s’appelle « devoir électoral. »

Pierre Gauthier


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