L'Italie malade du calcio
"Le jouet est cassé !" Giovanna Melandri, ministre de la jeunesse et des sports.
Il y eut Vicenzo Paparelli en 1979 à Rome, puis Stefano Furlan à Trieste en 1984 et encore Vincenzo Spagnuolo poignardé lors d'un Genoa-Milan en 1995..... et d'autres..... et enfin Filippo Raciti à la suite de Catane-Palerme ce dernier vendredi. Morts au stade, morts autour du stade.
Le calcio est malade depuis des décennies : matchs truqués dans les années 80 (Paolo Rossi centre-avant de l'équipe du titre de 1982 impliqué), faux dans les bilans des clubs, arbitres corrompus, doping, joueurs extra-communauté européenne engagés illégalement, re-calciopoli la saison écoulée, dérive des tifoseries organisées vers la violence.
Cette dérive a pris forme à la fin des années 70 quand l'Italie sortait des "années de plomb du terrorisme rouge et noir". Les ultras ont investi les clubs de supporters, principalement des groupes d'extrême-droite (dans la curva nord à Rome on soutient la Lazio en tendant le bras, on exhibe des croix celtiques) mais aussi, plus rarement, d'extrême-gauche (notamment à Livourne où l'on peut voir des portraits du Che, parfois même celui moustachu du petit père des peuples). Les supporters ultras se sont transformés en guerriers, on va au stade pour affirmer une identité politique extrême, pour défier et combattre les supporters adverses pendant et après le match. Sept cents tifoseries organisées en commando sont dénombrées, ce qui représente pas moins de 60.000 "soldats potentiels. La composition sociale de ces groupes ultras se modifie comme le dit le procureur de Catane ; on trouve désormais aux côtés des "sbanderati" venus des banlieues, des enfants de la petite et grande bourgeoisie qui se mêlent à une tendance qui s'affirme en Europe, celle des Acab dont l'objectif est désormais de casser du "flic", d'affronter militairement la puissance de l'Etat de droit. Acab : "Alle Cops Are Bastards" dont l'un des slogans oecuméniques "Les couleurs nous divisent, la mentalité nous unit" vise à unir les deux franges extrêmes du tifo organisé contre l'ennemi déclaré, la police.
Resurgit avec force, aujourd'hui l'inévitable question léninienne : que faire ? Le président du CONI (comité olympique national italien) Petrucci est catégorique ; il faut frapper fort, suspendre le championnat, jouer à huis clos. Le commissaire de la Federcalcio Pancalli approuve. Le préfêt de Rome Serra suggère que tous les stades italiens soient conformes aux normes de la loi Pisanu (ministre de l'intérieur du gouvernement Berlusconi) à la reprise du championnat en septembre prochain (billets nominatifs avec contrôle d'identité à l'entrée du stade, places numérotées, portails de préfiltrage avec lecteurs magnétiques des billets, vido-surveillance en circuit fermé avec cabine de régie et poste de police, compartimentation des tribunes etc.....). Seuls un ou deux stades remplissent aujourd'hui ces conditions.......mais on continue à jouer chaque dimanche. Evidemment quand on sait que sur une année le chiffre d'affaires du football professionnel italien approche les 5 milliards d'euros.....on comprend que certains traînent les pieds pour prendre des mesures.
Ce lundi, le gouvernement italien et les autorités sportives se réunissent. Vont-ils prendre les décisions que toute la péninsule espère drastiques ? Ce sera un excellent test pour mesurer le courage la nouvelle majorité politique.
Samedi et dimanche commençait le Tournoi des VI Nations ; au total ce sont 185.000 amateurs de rugby qui se sont retrouvés au Millenium de Cardiff, au Flaminio de Rome et au mythique Twickenham londonien. On ne relève aucun incident !
-
05 Février 2007 à 13:21 dans
- Général

