Indépendance
Au cours de ma carrière d'enseignant dans le quartier des Pâquis j'ai eu l'occasion de connaître de nombreuses familles kosovar, d'en apprécier la générosité, la chaleur humaine, de découvrir et de mieux comprendre leurs coutumes et leurs habitudes culturelles. Comme toute rencontre avec l'altérité ce fut une source d'enrichissement personnel.
C'est tout naturellement que je me suis réjouis de la récente déclaration d'indépendance du Kosovo et que j'ai partagé le soulagement et la joie de cette nombreuse communauté albanophone qui vit dans notre canton. J'ai également applaudi à la reconnaissance de ce nouvel état par le Conseil fédéral.
Ce qui me semblait aller de soi a pourtant été fortement ébranlé par la lecture d'un interview de Thomas Fleiner , professeur de droit international public, paru dans "Horizons et débats" du 3 mars dernier.
Il y fait allusion aux Actes d'Helsinki de 1975 par lequel les états signataires (dont la Suisse) s'engagent à ne pas violer les frontières et ont garanti à leurs minorités à l'intérieur des frontières le droit à l'autodétermination et à l'autonomie mais non celui de fonder un état souverain.
Il commente également en termes très sévères l'attitude de notre pays : "En reconnaissant le Kosovo, la Suisse a non seulement contrevenu au principe de l'inviolabilité des frontières contenus dans les Actes d'Helsinki mais elle a retiré à la Serbie sa souveraineté sur 15% de son territoire et des personnes vivant sur ce territoire. Elle a contribué à créer une insécurité juridique insupportable et contraires aux droits de l'homme pour de nombreux habitants du Kosovo parce que ces personnes sont partagées entre leur loyauté à l'égard de la Serbie, que le Kosovo ne reconnaît pas, et celle à l'égard du Kosovo. Elle a perdu sa crédibilité en ne se montrant pas neutre vis-à-vis de la Serbie et donc vis-à-vis de tous les Etats qui considèrent cette sécession comme contraire au droit international. Elle a violé la Résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'ONU qui oblige tous les Etats à respecter l'intégrité territoriale de la Serbie et sa souveraineté sur le Kosovo.
Ce réquisitoire m'amène à me demander si le Conseil fédéral n'a pas agi avec précipitation, s'il n'aurait pas dû se conformer plus prudemment à notre tradition de neutralité, de bons offices et de champion du droit international.
Il reste à espérer que le différend né de l'indépendance autoproclamée du Kosovo puisse se résoudre devant une juridiction internationale et que la poudrière ne s'embrase à nouveau dans une région où les peuples (tous les peuples) n'ont que trop souffert au cours de l'histoire.
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09 Mars 2008 à 13:20 dans
- Politique
