Romandie.com
 
Créer un blog | Noter ce blog | Signaler un abus
 
| Autre blog ? >>  

TOUT PASSE........... Pierre Losio

Des lunettes sur le monde

En apprenant, ce mercredi, la disparition de Jean Baudrillard qui a passé sa vie à décoder le monde contemporain, je n’ai pu m’empêcher de penser à l’ami Sarcloret qui faisait un tabac sur les scènes romandes en chantant « Déconner, déconner, déconner, on peut pas toujours déconner ». Jean Baudrillard, lui, a cessé de décoder.
A travers ses lunettes on a un peu mieux compris, entre autres embrouilles sociétales, ce qu’il appelait « le Festival du Rêve et des Processus secondaires » où « on ne parle que de l’Encéphalographe plat à cristaux liquides ».
En guise de salut reconnaissant quelques morceaux choisis :

Le jour de la fin du monde, il n'y aura personne, comme il n'y eut personne au commencement. C'est un scandale. Un tel scandale pour l'espèce humaine qu'elle est bien capable, collectivement et par dépit, de hâter cette fin du monde par tous les moyens, simplement pour pouvoir jouir du spectacle.

La tristesse de l'intelligence artificielle est qu'elle est sans artifice, donc sans intelligence.

Disque compact laser. Il ne s'use pas, même si l'on s'en sert. C'est terrifiant. C'est comme si vous ne vous en étiez jamais servi. C'est donc comme si vous n'existiez pas. Si les objets ne vieillissent plus, c'est que c'est vous qui êtes mort. La technologie musicale à son point de perfection devient une chambre noire, la jouissance musicale devient jouissance posthume. Plus tard, sans doute, on réintroduira des bruits parallèles, des virus, pour donner l'illusion de la vie et de l'usure.

S'occuper de soi, c'est l'illusion comique de notre temps ; s'occuper des autres, c'en est l'illusion tragique.

L'intelligence des choses doit être celle de l'intelligence avec l'ennemi, c'est-à-dire d'une complicité secrète et contre-nature.

Les milliers de vitrines qui sont la flore intestinale de nos villes.

Aujourd'hui, plus de scène, plus de miroir, mais un écran et un réseau. Plus de transcendance ou de profondeur, mais la surface immanente du déroulement des opérations, la surface lisse et opérationnelle de la communication. A l'image de la télévision, le plus bel objet prototypique de cette ère nouvelle, tout l'univers environnant et notre propre corps se font écran de contrôle.